INTERVIEWS D’ÉCRIVAINS
Margaret Atwood – Jean D’Ormesson – John Irving – Bertrand de Jouvenel – Jean Lacouture – Benoît Lacroix – Albert Memmi – Yves Navarre – Michel Serres
Bertrand de Jouvenel, juillet 1980

Début de l’article paru le 2 août 1980 :
Il y a des rencontres qui font rêver. Donner la main à Bertrand de Jouvenel, c’est toucher presque tous ceux, écrivains, savants, politiques, qui ont marqué notre temps et avec qui il a été en contact dans son extraordinaire « voyage dans le siècle » (1). Dans le sillage de cette tête racée, il y a la rumeur d’une des époques les plus tragiques et les plus grandioses de l’histoire.
Né hugolesquement alors que ce siècle n’avait que trois ans, issu de milieu aristocratique dans un Paris qui était encore le foyer des lumières et l’arbitre des nations, d’un père sénateur lié à l’écrivain Colette et d’une mère qui tenait l’un des salons les plus célèbres de Paris, frotté avec les sommités politiques et littéraires du temps, tiraillé au fond de sa conscience par les douteuses amitiés franco-allemandes des années trente, exilé de guerre puis engagé dans la quête des futurs possibles, Bertrand de Jouvenel représente peut‑être mien que personne les grandeurs, décadences et aspirations de la France du XXe siècle. Venu pour la première fois en terre canadienne à l’occasion de la conférence de Toronto sur l’avenir, le célèbre futurologue a fait un détour spécial par Montréal, avec sa collaboratrice Jeannie Malige, pour prendre contact avec la réalité québécoise. (…)

Extrait audio de l’entrevue avec l’auteur et sa collaboratrice :
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Albert Memmi, août 1980

Début de l’article paru le 6 septembre 1980 :
Albert Memmi n’a guère besoin de présentation. Surtout au Québec, où son Portrait du colonisé est devenu, dans les années soixante, le missel du militant nationaliste. Mais depuis, comme le Québec, l’écrivain d’origine juive tunisienne a fait beaucoup de chemin. Parti des rapports collectifs de domination, il en est arrivé à un concept plus général, qui englobe aussi les rapports individuels : la dépendance. C’est le titre du livre qu’il vient de faire paraître chez Gallimard.
Avec son accent méditerranéen et un entrain juvénile qui camoufle bien ses soixante ans, Albert Memmi entreprend d’expliquer comment il situe le dépendant par rapport au colonisé. (…)
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Jean Lacouture, octobre 1980

Début de l’article paru le 25 octobre 1980 :
Jean Lacouture était de passage à Montréal la semaine dernière, à l’occasion d’un colloque sur François Mauriac à l’université McGill. Journaliste bien connu des lecteurs du Monde et du Nouvel Observateur, il vient de produire aux éditions du Seuil une importante biographie du grand romancier catholique, mort en 1970. Au cours d’une brève entrevue accordée au DEVOIR, il a bien voulu parler de ses livres, de son engagement de journaliste pour la justice et la vérité… et un peu de lui‑même. (…)
Extrait audio de l’entrevue :
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Yves Navarre, novembre 1980

Le Salon du livre de Montréal est peut-être en train de s’Inscrire fermement sur l’itinéraire de visite du prix Goncourt. L’an passé, c’était Antonine Maillet parce qu’elle était chez elle. Et cette année, Yves Navarre est venu passer quelques jours avec nous, malgré toutes les sollicitations que le prix a déclenchées en Europe. Il sera là jusqu’à la clôture du salon, demain.
Au cours d’une interview qu’il a accordée au DEVOIR dans les bureaux montréalais de Flammarion, l’auteur du Jardin d’acclimatation, avec un débit lent qui donnait son poids à chaque mot, le regard outremer sous la paupière proustienne, nous a dit ce que représentait pour lui ce prix qui est venu couronner son douzième roman. En fait, il ne l’attendait pas. (…)
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Benoît Lacroix, novembre 1981

Homme des racines, voilà comment on peut le mieux définir le nouveau lauréat du Prix Léon-Gérin, le médiéviste Benoît Lacroix, Les racines profondes qu’il a acquises de naissance au pays de Bellechasse ont branché, de prime abord, sa carrière d’historien sur le Moyen-Âge et inspiré son souci constant de garder le contact avec le peuple.
Ainsi, celui qui revendiquait, en 1971, le privilège de faire entrer avec lui, à la Société royale du Canada, les cultivateurs de Bellechasse, affirme aujourd’hui ne pas avoir mérité seul le Prix Léon-Gérin. Cet honneur, il tient à le faire retomber sur l’Institut d’études médiévales de l’Université de Montréal, dont il fut l’un des premiers professeurs à partir de 1945 et qu’il considère comme sa « rampe de lancement ». Mais, par-dessus tout, dans cette distinction qui lui échoit, il veut saluer ses étudiants. « Mes véritables maîtres, ce sont les étudiants. Ce sont eux qui m’informent et qui m’inspirent. » (…)
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Margaret Atwood, janvier 1982

Rencontrer un écrivain en coup de vent dans un restaurant achalandé à l’heure bruyante du lunch, c’est à peu près comme dialoguer au milieu du boulevard Dorchester à l’heure de pointe. C’est foutu pour l’entrevue en profondeur. Mais Margaret Atwood a une telle présence, avec son visage de médaillon élisabéthain et ses yeux outremer, que le moindre échange avec elle acquiert une densité qui compense la brièveté du contact. (…)
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Michel Serres, mars 1982

Michel Serres est peut-être le plus grand philosophe de ce temps. Pour sûr, le plus décapant. En quinze ans, il a produit une quinzaine de livres, sous le signe d’Hermès, au carrefour de tous les chemins du savoir. Un gai savoir. Car, tout en traduisant une immense culture, qui va des mathématiques à la littérature et aux beaux‑arts, en passant par Tintin et Jules Vernes (1), sa philosophie n’a rien de compliqué. C’est la vie même. Elle accueille la multiplicité comme telle, sans la réduire ni la dessécher sous le pouvoir d’une quelconque unité abstraite. Pas étonnant qu’à Paris, depuis quelques années, Michel, Serres enseigne, pour ainsi dire, à guichets fermés. Dans un monde perdu sous l’avalanche accélérée des signes, on se rue aux cours de ce nouveau Socrate qui sait déchiffrer le multiple avec l’ivresse d’un poète. Et, pour notre bonheur, il écrit comme tel. Il est venu à l’Université de Montréal, pour un mois et demi, y parler de Remus et Romulus, les fondateurs de Rome, la naissance du pouvoir, soit la matière de son prochain livre, qui fera entrer son œuvre dans la zone éminemment inflammable du politique. (…)
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John Irving, mai 1982

Début de l’article paru le 22 mai 1982 :
En 1978, un cyclone littéraire du nom de « Garp » s’est abattu sur les États‑Unis, et par ricochet sur le monde. Des millions d’exemplaires vendus, des critiques dithyrambiques, des tee‑shirts avec slogans garpiens, bref une véritable « garpomanie », qui propulsa du jour au lendemain un romancier talentueux, mais resté jusque là d’audience limitée, au rang des stars, ces dieux modernes. John Irving devenait du coup l’écrivain le plus adulé de sa génération, celle qui passe aujourd’hui le cap de la quarantaine. À la sortie de son dernier roman, l’automne dernier, le magazine Time lui accordait l’honneur de sa page couverture. D’autre part, George Roy Hill, le réalisateur de « Butch Cassidy et le Kid », mettait en film Le Monde selon Garp. La sortie sur les écrans est prévue pour juillet. Cet écrivain de la génération du Peace and Love, qui écrit des récits horribles et drolatiques, des aventures picaresques bien situées dans le monde contemporain, est souvent comparé à Hemingway par le culte qu’il a du corps et de l’entraînement physique. Mais la fantaisie et la vitalité qui se dégagent de ses romans pourraient tout aussi bien le faire comparer à Andersen ou Dickens. De passage à Montréal, pour la sortie en français de L’Hôtel New Hampshire, l’auteur de Garp nous a expliqué, entre autres, pourquoi il préfère l’imagination à la réalité. (…)
Extrait audio de l’entrevue :
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Jean D’Ormesson, avril 1982

Ils ont fini de souffler depuis longtemps, les orages désirés qui devaient emporter René vers les espaces d’une autre vie. Et Atala, enterrée et oubliée dans les manuels de littérature, ne fait plus guère verser de larmes. Les forêts américaines ont perdu leurs bons sauvages depuis belle lurette, mais Chateaubriand, qui fut le père du romantisme français, continue d’outre‑tombe de séduire. À peine revenu d’un livre sur Dieu, voilà que Jean d’Ormesson en consacre un autre à l’Enchanteur romantique. Être Dieu ou Chateaubriand, s’est dit l’académicien, qui prend déjà rang parmi les Immortels, de toute façon. Mais entre le vicomte François-René de Chateaubriand et le comte Jean Lefèvre d’Ormesson, tous deux issus de nobles et antiques familles, tous deux guettés par l’ennui et sauvés par la plume, nostalgiques du passé et tendus vers l’avenir, la coïncidence était inévitable. L’auteur d’Au plaisir de Dieu s’est retrouvé dans la vie de l’auteur du Génie du Christianisme, et surtout dans les orages de ses passions. Chateaubriand vu à travers ses amours (ou traversé par ses amours), voilà ce que s’est proposé d’Ormesson. Une matière riche s’il en est, et l’écrivain est venu nous la livrer en grande première au Québec, plus particulièrement au Salon du Livre de Québec, où s’est fait le lancement de Mon dernier rêve sera pour vous. C’est ainsi qu’il a pu nous expliquer un peu les pourquoi et comment de l’ouvrage. (…)
