CHANTS DE NUIT POUR UN JOUR À VENIR


Poésie, Éditions Écrits des Forges, 2020

Traduit en espagnol par Gabriel Martin

sous le titre Cantos de noche para un día por venir

Mantis Editores, Guadalajara, Mexique, 2023


« Je viens de terminer les Chants de nuit, et ces poèmes continuent de résonner en moi. Non seulement ils me plaisent, mais je les trouve très forts… Le tout est en mouvement ascendant jusqu’à permettre l’échappée belle et l’échappée libre…Me plaisent plus encore particulièrement les fugues antique et médiévale, Âme aéroplane et En d’autres temps.  »

Jean-Pierre Otte, novembre 2020

« Salut au poète… [Dans ces Chants de nuit] mon intérêt et mon penchant principaux sont allés à des thèmes, à des évocations, à des prières essentiellement spirituelles, avec de lointains échos théosophiques et ésotériques ; « Matines – III » évoque, dans sa brièveté et sa fulgurance, l’un des aspects de la quête caractérisant ce que le site dedefensa.org pourrait estimer être sa mission, qui est d’aider dans la mesure de ses moyens à ce que soit la lumière : Quand le jour se lèvera \ quand le plein jour reviendra \ s’éclipseront les ombres manteaux du crime \ tomberont les masques de la nuit \ fondront comme suie de cauchemar \ les grimages de sabbats maléfiques \ sur la face renouvelée du monde \ le faux le hideux et l’atroce \ pulvérisés par la lumière ressuscitée. »

Philippe Grasset, Dedefensa.org, février 2021

« Une menace pèse sur le monde moderne; Pelletier ne l’invente pas, ne l’imagine pas. Il la nomme et s’y attaque en recourant au langage, à sa fonction poétique. En un sens, nous pouvons dire que la poésie de Pelletier est engagée… Engagée comme celle naguère des poètes du pays. Un Miron applaudirait sans doute à la lecture du poème intitulé [Peuple évanescent]. Je cite : [nous plus étrangers à nous-mêmes qu’à tout autre / défendant avec ardeur ce qui nous tue / et pourfendant ce qui nous constitue / avec une furie d’apatrides patricides / réflexe inné du membre fantôme colonial / tout ce qui est autre vaut plus que soi / le survenant l’emporte sur l’habitant / dans nos murs s’accumulent les chevaux de Troie]. »

Daniel Guénette, Blog de Dédé blanc-bec, janvier 2021

Ces chants sont des poèmes; beaucoup de livres à l’heure actuelle usurpent cette appellation. Cet auteur a une œuvre importante et mérite le titre de poète mais aussi celui de philosophe ou d’historien pour la façon très particulière dont il a réuni les divers thèmes de son inspiration sous l’un ou l’autre de ses chapeaux! : de prime abord c’est le philosophe qui se livre à une critique exacerbée de notre incivilisation créée par la websphère goulag des esprits captifs : 
« (…) dans ce siècle goulag
perdues les ailes de l’enfance
 et la boussole de l’histoire
en nous crient des poètes aveugles
enfermés dans des odyssées autistes
 cernés par des vautours d’insignifiance 
 et plus un centimètre d’espace pour
la pensée qui tourne sur elle-même
dans un cachot qui s’épaissit
sous la masse de plomb de la non-pensance »

– Hélène Laberge, Lettre de l’Agora, décembre 2020

C’est un livre qui traite de la souffrance, de l’empire du vouloir égoïste, du non-être qui est préférable à l’Être. Les jeunes (les wokes surtout) ne veulent rien savoir du passé. Ce n’est pas nouveau. Depuis la Covid, l’ethnocentrisme ou le colonialisme temporel semble être la norme. En 2023, la censure est partout. Mario Pelletier décrit le mal de vivre :

« Errance dans l’hiver indéfini

Des temps zombis

On s’enfonce au plus obscur de soi

Dé-mémorisé

Désâmé

N’ayant plus que parole réflexe

Qui perd son sens

Qui n’est plus qu’absence 

Creusée dans la suite des heures

Dans le puits des temps morts

Chute dans un trou d’homme en abîme » (p. 11)

Ricardo Langlois, revue La Métropole, août 2023


Extraits :

Première partie, Chants de nuit (début)
À NUIT TOMBANTE

I

Avec la foule mobile on se rue 
sur des autoroutes frénétiques
le cerveau guidé par satellite
l’âme perdue sans guide ni étoile 
sous des artifices de nuit américaine 
on fonce dans la fureur motorisée
tout instinct de mort dégainé
vers le feu violent qui dévorera nos os

II

Plus d’autre horizon
que chaos d’images et de sons
que discordance et violence
tohu-bohu programmé

le chiendent d’incivilisation gagne du terrain
gruge du pays 
étouffe la culture séculaire

flambent derrière nous
les grands abatis des histoires mortes

sous nos pas l’effondrement au ralenti

III

Errance dans l’hiver indéfini
des temps zombis

on s’enfonce au plus obscur de soi 
dé-mémorisé
désâmé
n’ayant plus que parole réflexe
qui perd son sens 
qui n’est plus qu’absence
creusée dans la suite des heures
dans le puits des temps morts

chute dans un trou d’homme en abîme

IV

Ténèbres opaques
on avance à tâtons
dans un tunnel qui rétrécit
cherchant la lumière d’un regard d’amour

tout le reste est noirceur d’enfer

V

Tant d’insomnies torturées
par tout ce qu’on aurait pu qui n’a pas été
au reflux des marées noires du regret 
les rêves ont fini de rêver
tombés comme des oies déboussolées
englués dans des albertas bitumineux


VI

Dans la nuit tombante du sens
ils vont çà et là 
farfouillant les cendres du souvenir
bafouillant des phrases sans raison
tristes errants hors d’eux-mêmes 
évacués de leur mémoire barrée 
et le sens s’échappe de leur esprit 
anguille des mots qu’ils n’arrivent plus à saisir
et la réalité se démaille en eux

s’allume parfois
une lueur d’intelligence
étouffées aussitôt
sous l’éteignoir de l’hébétude
bouche bée comme à tombeau ouvert

VII

Dans nos cœurs de violons désaccordés
plus rien ne chante 
plus rien ne résonne
que le charivari du tapage
cacophonie et stridence d’acouphènes


ô désamour des saisons désenchantées
en quel printemps nous reviendront-ils
les oiseaux chanteurs des joies enfuies ?