LE SOUFFLE DE L’APOCALYPSE

Poésie, 63 p.
Éditions Écrits des forges, Trois-Rivières, 2018

« Ébloui par la lumière des images jalonnant la parole du poète… C‘est un chef-d’œuvre magistral. Et d‘une grande actualité de surcroît. »

Hans Ruprecht, Radio CKCU, Université Carleton, déc. 2018

« Quelques vers qui m’ont frappée : tout le début qui est très fort puis [et le nordet hurlait l’épouvante aux fenêtres] et [chants fantômes des tribus millénaires / Micmacs et Montagnais], [tout ce qui peut crier hurle / tous les chiens tous les loups tous les coyotes / et les huards qui lamentent lugubres sur les lacs]… Aussi, [sous le scalp hurlant des vents contraires » et ces « chevaux braques d’épopées vaines]… je pourrais tout citer… Quel beau recueil ! »

Yolande Villemaire, janvier 2019  

« Lire de la poésie est un grand défi, à plus forte raison ses propres poèmes. Il y faut à la fois une distance d’avec soi-même, un rythme sensible et une langue pure. Mario Pelletier relève admirablement cette triple exigence. »

Hélène Laberge, Encyclopédie de l’Agora, décembre 2018

« Ce livre est une inscription au fronton du temps, un défi lancé aux forces de l’obscur et de l’amnésie. »

Jean-Pierre Pelletier, RAPPEL Parole-Création, août 2019

Extrait Vidéo

Le Souffle de l’apocalypse, lu par l’auteur.

Extrait Audio

Un extrait du Souffle de l’apocalypse, lu par l’auteur.

Extraits publiés dans les médias

La revue Possibles,

L’Agora, 18 décembre 2018


Début du livre :

LE GRAND HIVER

Un jour
bientôt
qui sait
quand les airs seront sans oiseaux
et les arbres décapités    
quand nous serons exilés du Soleil
cherchant un dernier souffle
dessus la Terre mère morte
avec des mots
qui n’auront plus d’écho

Cet hiver nous saisira tout vif 
et n'en finira pas
gel mortel  
air toxique 
voix et vols cassés 
plus de parole  
plus de chant 

Nos esprits foudroyés avec les arbres morts
nous marcherons sourds  aveugles  sans ressort 
zombies errants  déracinés  décérébrés
traînant des restes de survivance agonique
à travers des trous noirs de passés dévastés

Errances d'amnésique en pays aboli
restes d'ego errant vers l'océan noir 
c’est nous  
c’est moi 
déjà

J’avance en terre de tragédie étouffée
je marche à pas lourds le cœur à l'envers
sur des tessons de mémoire hurlante
m’enfonce dans la foule robotisée
sous les tribunes des décerveleurs hilares

La stridence infinie du cyberespace
me frappe d'effroi et d'absurdité
incommensurables

J’entrevois cyborgs et androïdes
rêvant de femmes silicones
en des Hawaïs de silice et de plastique
bavardant multilingue en codes machines
dans les abris souterrains de l'hiver nucléaire
programmant la mort des derniers humains

Tant de sécheresses 
mon âme déshydratée
saumon désamouré des frayères perdues
remontons à la source natale.
REMONTÉE EN PAYS ABOLI


Parfois 
et de plus en plus
je remonte amont d'où je suis venu 				
loin  
très loin dans des espaces évanouis
par delà Kamouraska et Témiscouata
vers les ancrages profonds du cœur	

À contre-champ des années
en long travelling je remonte
par monts de granite et de pruche
désâmé aux diables verts 
en des forêts revêches d'anti-mémoire
sous des éboulements d'images
de désolation immémoriale

Ma tête bûcheuse d'archives ligneuses
dans la dessouche noire d'arrière-pays
sous les abatis d'automne rouge
frustes fardoches de mots rêches
sacres qui claquent dans l’air cru
flambées d'ivresse et de colère mêlées
airs d’harmonica dans le serein des brunantes
éclats de voix 
éclairs de sourires aimés
filantes étoiles de ciels abolis

Et le halètement sans fin des agonies 	
dans l'enfilade des chambres 
où les morts se succèdent
visages s'estompant un à un
dans les miroirs en abîme des décennies

Et moi remontant 
de traverse en trébuche
avançant  recru  
navré
à travers cendres et poussières 		
dans les strates accumulées des gisants 	

Je remonte en moi disparu
je remonte aux jours de gel et de fièvre
dans la maison de bois craquant
sous la poigne des saisons dures
quand la simple ânonnait les saintes Écritures
et le nordet hurlait l'épouvante aux fenêtres

Bousculade d'images en rafales 
mots échevelés dans la tête de l'enfant fiévreux
son regard emporté 
dans les poudreries de neige soleil
qui soufflaient des patineurs fantômes 
en virevolte sur le lac
son esprit lancé au large
à la drave de tous les désirs
coureur des bois de fées
happé en chasse-galerie de cauchemars
quand les tableaux du grand catéchisme illustré
pointaient l'heure arrêtée de l'enfer éternel

Dans les vapeurs du gel au-dessus des lacs
flottaient des spectres difformes
et d’immenses gémissements
du fond des solitudes montaient
chants fantômes des tribus millénaires
Micmacs et Montagnais
dont les os avec les roches saillaient
sous le soc des pionniers laboureurs

Et grand-mère filait le soir 
chansons et catalognes
pour garder chaud l'espoir 
pour tenir loin l'effroi  [...]