DE CAPET À MACRON
Mille ans de France
Ode en 1 212 vers alexandrins, 79 p.
Éditions Chapître.com, Paris, 2017
- Un condensé allègre d’histoire
- Une traversée à la fois instructive et amusante de l’histoire de France

« Un livre dont la très originale conception nous a enchantés. Apprendre l’histoire de France par une ode déroulant les dates qui l’ont marquée, accompagnées d’un court commentaire à la fois rigoureux et humoristique, quelle invitante façon de donner au lecteur, immigrant ou étudiant, un point d’appui à partir duquel il pourra approfondir et développer sa connaissance de la France. »
Hélène Laberge, Encyclopédie de l’Agora, juin 2017
Extraits :
LES SIX PREMIERS ROIS I Les Francs clamaient : « Ôtons couronne aux fainéants ! » Et l’évêque de Reims dit : « Qui tient cape est roi. » Lothaire et son fils morts en l’espace d’un an, Hughes fut élu pour tenir tête aux Germains. Sous l’égide de la cape de saint Martin à Tours, on vit Capet lancer cri de victoire dont l’écho, huit fois répercuté sur la Loire, annonçait au ciel huit siècles de rois de France. II L’an mil approchait et, craignant la fin des temps, Robert, second Capet, promut la Paix de Dieu et la réforme des moines à Cluny, mais le pape excommunia tôt ledit roi pieux, car il passait de femme en femme sans vergogne. Et, dernière conquête, il s’acquit la Bourgogne. III L’héritier Henri se trouva sans cesse en guerre. Il dut défendre son trône envers frère et mère, puis aller chercher femme aussi loin qu’en Ukraine : Anne, de qui évolua bien la lignée. Il mourut d'avoir bu une potion suspecte. IV Philippe, alors à huit ans, se retrouva roi Son long règne a été troublé par la discorde avec le conquérant d’Angleterre et ses fils. Il tâcha d’agrandir le domaine royal et eut maille à partir avec l’Église quand il répudia sa femme Berthe pour Bertrade. Le couple resta dix ans frappé d’anathème. V Première retraite voulue d’un roi de France : Philippe a refilé le pouvoir à son fils pour filer le parfait amour avec Bertrade. Fort de taille, mais faible de santé, Louis VI, ayant régné sept ans avant d’être couronné sut gérer puis lever à point l’ost sous les lys en poussant le fameux cri « Montjoie ! Saint-Denis ! » Et vint ce monarque qui devait être moine, ce Louis VII qui a fait bâtir Notre-Dame et aliéné sa dame et grand domaine au Henri qui planta genêt épineux au cœur de France. VI Mais son fils Philippe a dû prendre l’oriflamme et avec les Normands longtemps rompre des lances. Il reprend le terrain perdu, et plus encore ; fait château fort du Louvre, enceint Paris de murs. Sa reine il renvoie, puis combat les Albigeois, défait le roi anglais Jean qui reste sans terre, vainc à Bouvines l’Empereur et ses alliés. À la fin, il avait tant agrandi la France qu’Auguste on le nomma pour les siècles des siècles. [...] LE SIÈCLE DU ROI-SOLEIL LVII Les barricades se dressent dans la cité. La grande Mademoiselle sort ses canons et le cardinal de Retz pointe le mousquet. Dans son hôtel, la marquise de Rambouillet — « Arthénice » en sa ruelle pour les intimes – tient salon et entretient la conjuration. Ses précieuses invitées perdent un moment la carte du Tendre pour mieux tendre la Fronde. Duchesses, princes du sang sont de la partie. L’enfant Louis XIV, de nuit, doit fuir Paris. Turenne affronte Condé et les Espagnols, tue dans l’œuf la révolte et mate les Frondeurs. LVIII Dans ce trouble entre-deux où le siècle bascule raison et religion sont en lice opposées. Port-Royal, entre jésuites et jansénistes. « Je pense, donc je suis », conclut alors Descartes, fondant la raison souveraine de l’ego. Pascal questionne les espaces infinis, avant la « nuit de feu » qui lui révèle Dieu. LIX Dès Mazarin mort, Louis prend le pouvoir en main. L’État c’est lui désormais, monarque absolu. Les finances d’abord, dont l’intendant est l’homme le plus riche du royaume. Louis fait aussitôt écrouer ce fou questeur des deniers publics qui porte ombrage au lever du soleil royal par son fastueux château de Vaux-le-vicomte. Peut-on avoir logis plus faste que le roi ? LX De ministres dévoués Louis sait s’entourer : Colbert, Louvois, Vauban, Turenne, Le Tellier. Pas de grands pays sans colonies : on y voit du Levant jusqu’au Ponant, d’Inde en Amérique. Un intendant, un évêque et un régiment partent pour Québec avec de nouveaux colons. LXI Le roi, fâché avec Paris depuis la Fronde, installe sa cour loin à l’écart : à Versailles y parque la noblesse pour l’avoir à l’œil. Tout noble se doit d’être présent à Versailles où se déploie le spectacle de la grandeur. Louis le Grand est le monarque par excellence, sur qui l’époque et le monde prennent modèle. LXII Maîtresses ou officieuses ou officielles – la Mancini, La Vallières, la Montespan –, les favorites au lit royal se succèdent. Lève-tard, Louis prend le déjeuner à midi, puis dîne à dix-sept heures et soupe à minuit. Versailles flamboie de bals et feux d’artifice. Avec noble prestance et force révérences, ducs et princesses en perruques poudrées dansent les menuets compassés que Lulli compose. LXIII Les romans précieux sont les plus appréciés, tels les tourments de conscience de la Princesse de Clèves, consumée d’amour sans consommer. Dans la tragédie comme dans la comédie, le théâtre s’enracine et s’épanouit en grand ramage d’alexandrins sur la scène. On soupire, on pleure avec Phèdre et Athalie. Un acteur auteur raille les maris cocus, le bourgeois gentilhomme et les femmes savantes. Puis il campe à jamais misanthrope et tartuffe. LXIV En chaire, l’évêque de Meaux sublime enchaîne les oraisons funèbres qui remuent les âmes, montrant le néant de l’humaine vanité. Mais, auparavant, faut-il le dire ou le taire, Bossuet fut nommé évêque de Condom et, faute bénigne, bouda cette érection épiscopale en n’y mettant jamais la crosse. LXV Pourquoi donc, « je vous le donne en mille », aurait dit la grande épistolière du temps qui se fait l’écho des potins de la cour et du parterre. Ses mots circulent sous cape, pendant qu’ailleurs la fable jaillit comme l’eau de la fontaine pour dénoncer l’odieuse raison du plus fort. Car, loin des nobles qui font bombance à Versailles, le peuple des villes et des champs meurt de faim. On le devine dans les tableaux des Le Nain. Les famines ont fauché des millions de vies. LXVI Le Grand siècle tire à sa fin, et Louis aussi. Le roi somptueux préservait mal ses arrières. Il eut fistule au cul et s’en trouva marri. En fait, mari caché de la veuve Scarron qui allait chuchotant, d’évêque à confesseur : « Maintenons les mœurs à hauteur du Roi-Soleil ! » et tâchait d’agenouiller tous sur un prie-Dieu. LXVII Le siècle s’ouvre sur la succession d’Espagne. Fils d’Espagnole, Louis réussit à placer son petit-fils Philippe à Madrid, irritant l’Europe que l’Angleterre a coalisée. S’ensuit une guerre néfaste pour la France. LXVIII Leçons de ténèbres au coucher du soleil, Louis XIV finit son règne en roi maudit, comme un petit duc l’a narré en traits féroces. Il perd famille et enfants en quelques années, dauphins et autres par la vérole emportés. Le seul rescapé du carnage familial se trouve un arrière-petit-fils de cinq ans. [...] L’ÉPOQUE ROMANTIQUE C L’Empereur exilé ne revient que cent jours, pour être vaincu à Waterloo sans retour : Waterloo, ô Waterloo, l’empire à vau-l’eau ! Lançant fameuse clameur de guerre intestine, Cambronne comprit comment conclure combat. L’Empereur né dans une île meurt dans une autre. Il sort de l’Histoire et entre dans la légende. CI Quel château brille encore au fond des mornes plaines, arrosées du sang des hussards et des uhlans ? Le romantisme monte en nostalgie lyrique au-dessus d’un lac où le temps suspend son vol. Celui qui est né quand ce siècle avait deux ans, à peine eût, godelureau, troussé quelques vers, qu’il reçut des prix et une pension du roi. Chateaubriand ou rien : il sera plus encore. CII Les Bourbons ont repris le trône capétien. Les deux frères de Louis XVI alors se succèdent : Louis XVIII en boitant, Charles X par défaut, le plus âgé à être sacré roi de France. La Révolution de Juillet, en trois journées nommées Glorieuses, renverse le roi bourbon, impose une monarchie constitutionnelle. Trois dynasties se sont achevées par trois frères. CIII La bourgeoisie met au pouvoir un Orléans. Fils du régicide Philippe-Égalité, Louis-Philippe a été nommé « roi des Français » : le peuple plus que le sang l’a fait souverain. Le drapeau tricolore est réhabilité. Un coup du dey a lancé la prise d’Alger. En Afrique du Nord, la France se répand. CIV Hernani a fait triompher le romantisme avant que le poète eut, gothique inspiré, dressé en roman Notre-Dame de Paris. Un autre poète, ému, sait que se frapper le cœur fait surgir le génie de… la bouteille, tant le jus de la vigne y colore les vers. Chopin est pathétique, et Berlioz fantastique. De ses comtesses à la confesse, entre vie sensuelle et austère, Liszt va et vient, beau virtuose de la croix et du piano. CV Niépce et Daguerre inventent la photographie. Mais entre rouge et noir, passion et ambition, qui place tant d’allusions à Napoléon ? La dépouille de l’Empereur revient en fête à Paris, pour être inhumée aux Invalides. Chateaubriand et Balzac sont en fin de texte. Quand l’un cisèle sa posture d’outre-tombe, l’autre scelle une immense comédie dantesque. [...]
